Nicolas Feuz
Eunoto : les noces de sang

Il y a des livres qui nous prennent aux tripes, il y a des livres qui nous torturent avec délice ; c’est le cas du nouveau roman de Nicolas Feuz.

Michaël Donner, jeune inspecteur de la police neuchâteloise se retrouve confronté à un crime des plus sordides : la tête d’une adolescente est retrouvée sur un pique dans la cour du château de Valangin. Un coup de téléphone plus tard, on apprend que le corps décapité d’une jeune fille a été retrouvé suspendu, en face de la caserne de la Poya, dans le canton de Fribourg. Le lien entre les deux malheureuses semble clair, elles ont sûrement été toutes les deux victimes du même tueur… Il faudra faire appelle à une entraide cantonale, alors que la gendarmerie genevoise est en deuil suite à la mort d’un des leurs en service. Le tribunal jurassien va devoir affronter pire encore : le Monstre de Saint-Ursanne demande la révision de son procès.

On pense souvent avoir tout compris après trois chapitres lorsqu’il s’agit de romans policiers. Avec Eunoto, ce fut quelque peu différent. Je me suis perdue au fil des pages, cherchant à élaborer coûte que coûte une théorie, un schéma… Impossible. Je n’ai jamais autant douté des mes capacités de compréhension et d’anticipation qu’avec ce polar-là. J’ai suivi les personnages dans leurs doutes, dans leurs quêtes en m’oubliant presque ; j’étais eux, ils étaient moi. J’ai marché dans leurs pas à travers la Suisse romande, redécouvert la région qui m’avait vue grandir.

Je me suis laissée abuser par une plume qui me semblait franche et directe. Je croyais que cette plume me dirait tout… Et non, le récit est empli de non-dits, de lignes entre lesquelles il faut lire. C’est bien là tout le talent de l’auteur, vous faire croire que vous pourriez tout savoir en réfléchissant un peu, vous faire vous sentir invincible prêt à résoudre n’importe quelle enquête. Pourtant au fil de votre lecture, vous n’arrivez à mettre le doigt sur rien ; la vérité vous fuit comme un grain de poussière dans le vent.

La qualité de la plume sert une histoire palpitante, plus que bien ficelée. Les personnages sont à l’image de la personnalité humaine : un diamant brut, avec ses faces tranchantes, ses côtés plus abîmés, cette face lisse et presque déjà polie que nous affichons tous en société. Ils ont des doutes, de l’instinct mais aussi des peurs. Ils illustrent avec brio l’homme avant tout animal, que ses instincts dominent parfois. Je me suis clairement attachée, peut-être même un peu trop puisque, soyons honnête, la fin m’a très clairement brisé le cœur. Je ne vous en dis pas plus.

Nicolas Feuz, procureur de son état, rajoute de la véracité dans son récit de par sa réelle connaissance du terrain. De plus, ses descriptions sont d’un réalisme qui m’a parfois perturbée tant j’avais l’impression d’y être. Pour parfaire tout cela, il y a ce côté Made in Swiss que j’affectionne tant.

Je ne peux donc que vous recommander cet extraordinaire polar et remercier l’auteur de me l’avoir fait parvenir. Ce fut un réel plaisir.

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